Thibault, c’est un de nos hôtes WarmShowers accueillis la semaine passée, mais aussi une très belle rencontre cyclo! Nous avons décidé de vous le faire découvrir en partageant un moment en sa compagnie, lors d’une petite pause au milieu des Cévennes…

« Rien ne sert de rouler, l’important c’est de pédaler dans la semoule. »

CartoCyclo: Bienvenue dans l’antre de CartoCyclo, Thibault! Est-ce que tu pourrais nous dire en quelques mots qui tu es?

Thibault: Et bien, je m’appelle Thibault, j’ai 28 ans et je viens de Mimizan dans les Landes mais je vis actuellement en Dordogne avec ma copine Camille. Je travaille dans l’éducation à l’environnement, j’aime la nature, voyager à vélo, dessiner et surtout écrire.

CC: Qu’est-ce qui t’a embarqué dans le monde du voyage à vélo?

Th: Pas quoi mais qui… Camille, qui avait déjà parcouru l’Eurovelo 6 entre la Bourgogne et l’Allemagne par le passé, m’a proposé de suivre ensemble l’Eurovelo 3 pour rejoindre la Norvège, une destination qui m’intéressait beaucoup. J’étais un peu à un carrefour de ma vie où j’avais envie d’expérimenter plein de choses, et je me suis dit que ce serait une belle occasion de vivre les premiers balbutiements de notre couple. On a dit « Banco, testons l’expérience du voyage à vélo », et c’était parti pour plus d’un an sur les routes!

Le voyage a vélo… c’est aussi une manière de s’émanciper des vérités certaines: « t’es pas sportif, tu ne vas pas y arriver », « à ton âge, tu devrais travailler, gagner de l’argent et fonder une famille »

CC: Vous étiez préparés, avec un itinéraire bien calé, ou vous vous êtes laissés pousser par le vent?

Th: Il y a eu pas mal de préparation en amont, en lisant des blogs et des forums, en discutant avec d’autres cyclos qui avaient fait des voyages à vélo. L’idée était de suivre l’Eurovelo 3 (qui n’est pas encore complètement aménagé), mais en se laissant la liberté de bifurquer selon nos envies et les rencontres, au jour le jour. Par exemple, nous sommes passés par l’Irlande et l’Angleterre, où nous avons passé quelques mois d’hiver à travailler dans une ferme.

CC: Et pile un an après votre retour au bercail, te revoilà en selle, tout seul cette fois, pour un petit tour d’un mois entre les Landes et la Méditerranée, en passant par les Cévennes!

Th: En fait, le retour a été un retour à la réalité assez brusque en contraste avec notre vie à vélo. Il a fallu retrouver un emploi pour payer les factures et j’ai vécu un moment compliqué au travail, mon moral n’était pas au top… je n’arrivais pas à faire le deuil de mon ancien voyage. J’ai donc démissionné et décidé de partir seul pour vivre ce sas de décompression qui me manquait, et vérifier qu’on peut aussi bien vivre des aventures folles à deux pas de chez soi. Le choix de l’itinéraire était tout trouvé: les routes ensauvagées des régions qui me faisaient rêver: Corrèze, Cantal, Aubrac, Cévennes, jusqu’à la Méditerranée, des causses aux plateaux, des crêtes aux criques…

Il m’arrive de me parler tout seul, d’engueuler ou d’encourager mon vélo, de me transformer en commentateur sportif.

CC: Donc, deux voyages à deux moments-clés de ta vie… Voyager à vélo, c’est aussi un peu un voyage intérieur, la possibilité de se trouver ou se retrouver?

Th: C’est un vrai rite initiatique. Le voyage à vélo ne m’a pas complètement transformé, mais a révélé en moi quelque chose qui sommeillait et ne demandait qu’à être exacerbé: l’envie d’être émerveillé, d’écouter l’autre, d’aller à la rencontre, d’oser aller vers l’inconnu. C’est aussi une manière de s’émanciper des vérités certaines: « t’es pas sportif, tu ne vas pas y arriver », « à ton âge, tu devrais travailler, gagner de l’argent et fonder une famille ». Mais la vie ce n’est pas que ça, on peut aussi prendre des chemins de traverse.

CC: En roulant seul pendant un mois, tu ne crains pas trop la solitude?

Th: C’est vrai que je me suis demandé comment je réagirais face à l’isolement… Il m’arrive de me parler tout seul, d’engueuler ou d’encourager mon vélo, de me transformer en commentateur sportif. Mais je suis d’un naturel solitaire et je suis parti dans l’idée de me retrouver face à moi, donc je ne force pas la prise de contact. Ce qui n’empêche pas les rencontres et les discussions en cours de route, et d’avoir envie parfois de partager un vrai moment convivial, comme ce soir avec vous. Comme on dit: « le bonheur n’est réel que s’il est partagé ».

J’étais un peu à un carrefour de ma vie où j’avais envie d’expérimenter plein de choses…

CC: Parlons rencontres et logement: on se rencontre via le site WarmShowers, qui permet d’héberger des cyclo-voyageurs…

Th: Lors de notre premier voyage surtout, l’idée était vraiment d’aller à la rencontre de l’autre. Forcément WarmShowers entrait dans cette optique-là, l’envie de discuter avec d’autres personnes passionnées de voyage à vélo, partageant les mêmes valeurs. Du coup, la rencontre est très spontanée, on libère la parole d’autant plus facilement que c’est un partage éphémère.

CC: Question subsidiaire: Pour toi, le voyage à vélo, c’est quoi, en une phrase-choc?

Th: « Rien ne sert de rouler, l’important c’est de pédaler dans la semoule. » Voyager à vélo, ce n’est pas juste rouler pour rouler. C’est aussi expérimenter, se confronter à ses limites, se démerder avec l’instant présent.

CC: Merci Thibault, bonne route pour demain, sur le Causse Méjean et le Mont Aigoual, tu nous diras ce que tu en as pensé!

Quelques jours plus tard, nous avons reçu un beau message de Thibault venu tout droit du Lac du Salagou…

Lac du Salagou

Les paupières s’ouvrent ce matin face au teint roux du Salagou et au-delà le monde des Causses. Depuis Florac, mes dés ont principalement fait 1 et 1 mais combien de points Nature et Patrimoine ai-je glanés grâce à vos conseils ! Le Causse Méjean était une Irlande céleste qu’il a fallu gagner après bien des dissidences de mes genoux. Le Mont Aigoual était venteux mais qu’il fut agréable de prendre de la hauteur sur l’avant et l’après. Les gorges de Dourbies si charmantes. J’ai déclaré forfait pour Trèves et Cantobre, y préférant la simple et reposante descente jusqu’à Saint-Jean-du-Bruel. Puis, le Cirque de Navacelles a été l’amphithéâtre de mes sourires quand bien même il a fallu défier le Causse du Larzac dans sa suite. Me voilà donc à filer vers la mer et un peu de plat qui ne me fera pas de mal ! La bise à vous ! Thibault.

Retrouvez le voyage de Camille et Thibault le long de l’EuroVelo 3 sur leur page facebook « Les Pignes Vagabondes ».